Bientôt quinqua et alors ! (1)
Le temps passe, les années trépassent et le compteur tourne irrémédiablement. Oui, bientôt, je serais un quinqua et alors qu’est-ce que cela change pour moi ? A vrai dire, pour moi rien du tout, mais pour le marché de l’emploi cela ressemble à un casier judiciaire !
Vous êtes devenu un délinquant d’expérience, un délinquant de réflexion, un délinquant tolérant, un délinquant de santé, un délinquant de futur retraité ! Enfin bref, le délit de “sale gueule” n’est pas loin.
Qu’est-ce qui a poussé le bouchon aussi loin auprès des employeurs ? Pour moi, c’est surtout la manière de légiférer quand tout va mal. Sous la pression de bassin d’emploi d’industries vieillottes, de syndicats virulents et de circonstances économiques ponctuelles (La crise !), le législateur a joué sur le mode défensif pour pondre des textes comme la loi Delalande.
Probablement juste (si elle n’est pas arrivée trop tard), cette loi, comme toute loi ponctuelle, devrait avoir une date de fin de validité. Le monde change et les lois devraient aussi changer. Or, le mode d’attente que nous connaissons particulièrement en France favorise l’habitude et l’enracinement dans des acquis obsolètes.
Les droits acquis ne profitent qu’à ceux qui sont en place. Une fois sortis du système, ces mêmes droits se retournent contre celui qui ne voulait rien savoir. Or, l’horloge tourne et quand l’âge civil claque de ses 5 décennies, une sonnerie réveille le dormeur qui ne pense alors qu’à se rendormir en partant en retraite le plus tôt possible.
Or aujourd’hui, les nouveaux quinquas n’ont pas forcément connu le bagne, les travaux physiquement difficiles, et sont souvent plus sportifs que la génération Nintendo aux doigts musclés. Ils ont encore 15 voire 20 ans avant de penser à une quelconque retraite qui financièrement et assurément sera misérable.
Comme le dit Florian Mantione, sur son blog : “Quel gâchis ! C’est vraiment à 50 ans que l’on commence à comprendre comment fonctionnent les organisations et les hommes, que l’on acquiert cette dose de philosophie qui fait accepter bien des choses, que l’on arrondit les angles, que l’on n’a plus envie d’écraser les autres pour réussir, que l’on prend du recul par rapport aux évènements, bref que l’on a appris à travailler en bonne intelligence. “.
Les jobs d’encadrement demandent rarement du muscle mais surtout de l’expérience, du recul, du social. Manager la fougue de la jeunesse demande des qualités qui s’apprennent au fil de la vie et pas du tout à l’école. Quand j’entends des jeunes me parler de management, je souris car autant ils peuvent être dans le juste, l’enthousiasme ne suffit pas à balayer les obstacles.
La vague de l’internet a insufflé l’idée de la Start-Up où l’on peut gagner gros en un rien de temps. De tout temps, il y a eu des start-up mais les lois économiques forgent leur créateur.
Qui peut parler de management tant qu’il n’aura pas eu le dilemme de choisir qui sera dans la prochaine charrette suite à la perte du plus gros donneur d’ordre ou 50% de son CA ? Comment choisira-t-il parmi ses amis, ses collègues de travail qui lui ont fait confiance pendant des années ? Qui sacrifiera-t-il pour sauver les autres ? Comment dormira-t-il la veille de chaque convocation aux prud’hommes ? Comment vivra-t-il le regard de ses anciens collègues au bar du coin, dans le voisinage ou le club de foot ?
Les quinquas ont de la ressource là où on ne les attend pas ! Alors ironie du sort, quand le recruteur n’a pas encore eu deux cheveux blancs à s’arracher ! Comment ce dernier peut-il juger sur ce qu’il ne connaît pas ? Comment peut-il estimer la capacité de résister au stress d’un dirigeant qui suite à des impayés ne pourra pas payer ses employés ?
Tant de questions et si peu de réponses à nos candidatures rejetées. La loi Delalande a laissé des traces profondes dans la stratégie des entreprises et si elles n’en prennent pas garde, elles s’affaibliront dans leurs fondements.
Laurent DUREAU
Article appartenant au recueil : RC18 - Savoir utiliser l’expérience
Article suivant recueil : Bientôt quinqua, et alors ! (2)
Tags :capital humain, emploi, entreprise, expérience, habitude, manager, senior
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Catégorie : 2-Recrutement

















Qui aujourd’hui ne connait pas le problème des quinquas? disons des seniors,
Senior = atteint un age, pour les entreprises c’est la sortieavant la retraite.
Je pose une question : les quinquas ou seniors (hommes politiques, dirigeants,artistes, recherche,medecin……..) ce n’est pasd’eux que l’on parle c’est les seniors SALARIES.Ceux que l’on jette, et qui deviennent un produit non recyclabe, ………………………..
Bonjour,
C’est une bonne réflexion qui confirme que l’âge n’est pas le même pour tous. A ceux qui ne sont pas salariés, c’est tourné comme un avantage avec de l’expérience alors que pour le salarié on parle plutôt d’usure.
Ceux qui ont le pouvoir ne désirent pas le quitter et se disent avoir de la sagesse mais ceux qui n’ont pas le pouvoir, ils ne sont que des “objets” envoyés en recyclage avant incinération ou ensevelissement.
C’est la différence entre ceux qui dominent et ceux qui sont dominés. Le pire dans l’affaire, c’est quand un salarié qui était en position de pouvoir mais pas encore quinqua appliquait les régles qu’il dénonce aujourd’hui.
Combien de chefs de personnel, de DRH se retrouvent jetés, arrivés à la cinquantaine, et hurler du sort qu’ils ont réservés pendant des décennies aux autres. Certes pendant leur service actif, ils ne juraient que par le social, l’intégration, la non-discrimination et continuaient à faire le contraire car leur boss et les conditions les obligeaient.
Ils ont été de bons petits soldats que l’on met au rebut car l’uniforme du jeunisme dépareillait avec leurs tempes grisonnantes. Le monde est ce que l’on en a fait. Un monde d’illusion où quelques uns arrivent à tirer la couverture à eux pendant que la majorité trinque à chaque vague de froid “économique”.