Vision stratégique : Bluff managérial ?
L’une des meilleures définitions que j’ai trouvé est la suivante : une vision stratégique est une représentation, une image ambitieuse et désirable d’un état futur radicalement préférable à l’état actuel.
Compte tenu de cette définition, je crois que nombre d’entreprises doivent avoir du pain sur la planche au vu de leur état actuel peu enviable. Ils doivent avoir des soucis à se faire pour donner une image ambitieuse et désirable à leurs collaborateurs.
La campagne présidentielle d’aujourd’hui met en avant qu’il faut réellement une image future très désirable pour que les électeurs votent pour eux. Or que savons-nous précisément à ce sujet ?
Une seule certitude, un absolu universellement reconnu : Une fois élu, nombre des actions promises iront tout droit dans l’immense réservoir du néant. Alors vraiment, pourquoi va-t-on voter pour quelqu’un que l’on sait être un menteur par définition ?
Parce que nous voulons croire, tel un enfant en pleine innocence, que l’on aura le paradis que l’on désire. Certains, complètement adossés à un programme fortement irréalisable (pour ne pas dire bidon) se battront bec et ongle pour faire passer leur candidat.
Alors la question que je me pose est pourquoi nous ne trouvons pas cette ferveur au sein des entreprises ? Pourquoi la vision stratégique de la Direction est si peu enthousiasmante pour les collaborateurs ?
N’y a-t-il pas assez de mensonges ? Y a-t-il trop de réalisme ou tout simplement une ferveur quelque peu timorée du dirigeant ? Où sont les bains de foule, les meetings et les conférences ravageuses ?
Comment peut-on faire pour qu’une vision stratégique devienne une référence partagée ?
- Offre-t-elle un ensemble de concepts ou de valeurs qui permettra à chacun des collaborateurs de s’y reconnaître personnellement et ainsi “bosser” utilement, dans le sens de la marche voulue ?
- Cette vision stratégique est-elle suffisamment motivante à défaut d’être durable ?
- L’encadrement n’est-il pas là pour canaliser, diriger les bonnes volontés en coordonnant l’action de tous ?
Autant dans le passé, il était relativement possible de faire rêver cela semble aujourd’hui une gageure tant l’apathie des collaborateurs semble inremuable. Encroûté dans des routines de RTT, d’attente de chèque à la fin du mois, de congés payés à prendre et de où va-t-on passer les vacances cet été, il semble délicat de les faire s’activer gratuitement au-delà des horaires s’ils ne sont pas “cadres”.
Alors en résumé, la vision stratégique est-elle vraiment existante ou est-ce un vocable managérial pour impressionner des collaborateurs qui s’en foutent ? En tout cas, le résultat dans la grande majorité des entreprises est impressionnant par sa nullité et sa vue à trop court terme.
Allez demander à un artisan, un petit patron et demandez-lui quelle est sa vision stratégique à 3 ans ? La réponse est souvent très simple : ils ne comprennent même pas de quoi vous parlez. Outre le fait qu’ils vous classeront dans la catégorie des “beaux parleurs en col blanc” qui roulent en grosse voiture, il vous sera difficile de rattraper la bourde.
Il faut dire qu’en regardant simplement l’histoire récente d’Airbus, on comprend que la vision stratégique de l’entreprise s’est arrêtée à la vision stratégique personnelle des dirigeants afin de s’en mettre plein les poches. Malheureusement, les exemples deviennent de plus en plus nombreux alors je veux bien comprendre que les collaborateurs restent sceptiques quand on leur parle de vision stratégique.
Quant aux petits patrons, c’est quotidiennement qu’ils démontrent que s’ils n’ont pas de “vision stratégique” intellectuellement, il en possède une au fond d’eux-mêmes qui leur donne l’énergie de se lever le matin et de se remettre à l’ouvrage comme si chaque jour était un pas de plus vers le rêve qu’ils nourrissent intérieurement.
C’est contagieux, terriblement contagieux et très efficace. Pas de bla-bla mais des actes quotidiens, vérifiables et quantifiables. Quel bonheur de sentir que vos collaborateurs vous poussent, que l’on vous remonte le moral quand quelquefois les coups des mauvaises nouvelles noircissent votre horizon.
Laurent DUREAU
Tags :comprendre, énergie, piloter les hommes, sens, stratégie
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