Management (12) : le rapport à l’argent (1)
Nous avons tous un rapport personnel avec l’argent. Pour certains il est rare, pour d’autres il est sale mais dans tous les cas il ne laisse pas indifférent. Notre relation avec ces bouts de papiers, de métal voire de simples chiffres sur un relevé bancaire modifient notre art de vivre et comment nous voyons et interprétons le monde.
Cette vision se fait tout particulièrement sentir quand nous devenons un entrepreneur dans les faits. Pour la quasi-majorité des cas, l’argent sera le principal souci pour pouvoir développer son activité permettant ainsi de concrétiser ce qui nous tient à coeur.
L’argent est une énergie dont nous avons tous besoin pour avancer dans la vie et il est très clair que notre façon de le considérer influencera notablement le développement de l’entreprise et in fine notre propre développement personnel.
L’argent possède aussi une relation étroite avec celle du temps. Souvent, aux extrêmes, le rapport est inversement proportionnel : Quand nous avons beaucoup de temps nous sommes fauchés et quand l’argent n’est plus un problème nous manquons de temps pour en profiter. Il existe une zone “centrale” où un équilibre temps/argent semble s’équilibrer.
Et puis l’argent possède aussi une relation avec nos propres compétences et qualifications. Autodidacte par nécessité, j’ai véritablement expérimenté cette relation.
Quand je n’avais qu’un BEP en poche à 18 ans, le smic était mon mensuel puis bien des années plus tard, une fois retourné à l’école avec un bac+2 à 27 ans, je gagnais le smic tous les quinze jours. Puis à 40 ans avec un bac+6, le smic correspondait globalement à une journée de travail effectif en tant que consultant.
En effet, à l’usage, j’ai découvert qu’il existait une équation qui globalement se résumait à cela : Argent collecté = Temps passé x Compétences & Qualifications acquises.
Mise sous une autre forme cela donne : Richesse matérielle = Temps passé x Richesse intérieure. Il est évident que cette règle ne prend pas en compte les jeux de hasard comme le loto où tous les trucs à gratter ainsi que les malversations corruptives pour gens pressés.
Passant périodiquement de l’état de financièrement bien portant à celui de fauché, il semblerait que mon expérimentation entrepreneuriale suit une sorte de courbe d’apprentissage qui fait que plus j’avance et plus les valeurs extrêmes se font importantes.
Ma courbe de richesse matérielle suit une sinusoïdale qui tous les 7-8 ans me fait changer de banquier. Quand tout va mal voire même très mal, mon banquier me pousse dehors de toutes les manières possibles et puis une fois dehors un nouveau banquier m’ouvre les bras très grands car il sent qu’il va faire du business avec moi.
C’est devenu une constante pour moi. A chaque lancement d’une nouvelle société, je change de banquier. La remise à zéro de ma richesse matérielle correspondrait aussi à la remise à zéro des relations que j’entretiens avec le banquier.
En effet, au fil du temps et des expériences, j’ai dégagé une certaine aisance à manipuler des chiffres de plus en plus gros sans que cela me donne la chair de poule. L’expérience m’a démontré que la peur éprouvée lors d’une prise de risque est identique quelle que soit le montant numéraire du risque.
Lors de ma première entreprise, mon premier découvert bancaire de 1.000 FF m’empêcha réellement de dormir jusqu’à temps que je m’y fasse. Cette même angoisse se reproduisit à 10.000 FF puis à 100.000 FF et puis l’euro arriva ! Ouf, cela m’a fait du bien car soudainement les chiffres se sont rétrécis.
Cela n’a en rien diminué les risques mais psychologiquement, il y a des passages qui font que l’on en prenne une certaine conscience. En tant qu’entrepreneur, cela veut dire des risques sur mes finances personnelles car dans le cadre d’une entreprise où je serais le manager, parler et jouer avec des millions d’euros (non pas de CA mais de dettes) ne me fait plus grand chose en termes de frémissements négatifs.
En revenant au sujet principal, ma richesse en termes d’expérience et de maturité semble suivre une courbe sinusoïdale déphasée avec celle de la richesse matérielle. C’est-à -dire quand l’argent se fait rare j’engrange beaucoup d’expérience alors que quand il est abondant une certaine forme de facilité ramollit ma capacité à découvrir mes limites intérieures.
Voilà ce qui me fait dire que les difficultés financières d’un entrepreneur sont indissociables de l’état d’apprenant d’un entrepreneur. Il ne pourra devenir un bon entrepreneur, et donc un bon patron, que s’il connaît la frustration du manque d’argent pour assouvir son rêve.
Un entrepreneur riche risquera en fonction de ses richesses matérielles. Voici pourquoi ma courbe d’expérience est sinusoïdale : je remets sur la table, à chaque création, la totalité de mes biens personnels. Car je sais que si je me préserve un volant de sécurité, ma hardiesse au combat sera amoindrie et que de ce fait je ne taquinerai pas mes nouvelles limites.
Le tout ou rien semble être une logique de mercenaire mais pour moi elle correspond à une volonté de découvrir qui je suis véritablement et chaque jour m’apporte une récompense que je réaliserai et comprendrai plus tard.
La vie est un risque, alors je risque tout ce que je possède à chaque fois. Comme cela, quand je suis en grande difficulté, le banquier sait qu’il ne peut rien me prendre. Il en résulte qu’il perdra son pouvoir d’intimidation et s’assoira plus facilement autour de la table de négociation en bon gentleman soucieux des intérêts mutuels.
Autre avantage majeur, puisque je n’ai plus rien, la peur de perdre quelque chose est absente et à ce titre mon équilibre intérieur s’en trouvera largement bénéficiaire. Cette assurance fera que mon cher banquier ressentira cette force tranquille et fera de réels efforts pour m’aider à faire fructifier ce qui est en moi.
Un vrai climat de confiance s’installera car il saura que je ne mens pas et qu’il a tout à y gagner. Même dans certains cas, ils remettent la main à la poche tant ils se sentent en sécurité.
La transparence et la sincérité sont les maîtres mots d’une bonne communication.
J’apprécie quand les miracles arrivent mais j’avouerais qu’il faut les provoquer un peu. Or, quand tout va bien, les miracles se font rares. Il est vrai qu’en position difficile ou très délicate, notre vision de la réalité fait que nous apprenons à dire merci avec une plus grande fréquence et avec une véritable profondeur du coeur.
A ce titre, je remercie toutes les personnes que j’ai côtoyé et qui m’ont fait confiance ainsi que tous ceux que je côtoie aujourd’hui et qui me font aussi totalement confiance. Sans eux, je ne pourrais entreprendre dans cette entreprise qu’est la découverte de moi-même.
Ils reçoivent beaucoup car ils me donnent cette attention et compréhension suffisante qui permet à tout être humain de se dépasser car il se sent en confiance et en accord avec ce qu’il est. Ainsi l’humanité s’enrichit encore plus grâce à cette différence, cette unicité qui ose prendre en main sa destinée.
Alors je prie très fort pour que chacun d’entre-nous, et tout particulièrement les entrepreneurs, puisse marcher dans la voie difficile mais oh combien gratifiante d’un enfant qui veut découvrir le monde autour de lui afin de découvrir le monde merveilleux qui se tient en lui.
Laurent DUREAU
Article appartenant au recueil: RC21 - L’argent et nous, et nous…
Article suivant recueil : Management (12) : le rapport à l’argent (2)
Tags :argent, confiance, destin, dév perso, entrepreneur, entreprise, finance, piloter les hommes
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Pensez-vous que la formule “richesse matérielle = temps passé x richesse intérieure” vaut toujours pour les JD d’aujourd’hui et voire de demain ? Je vous pose cette question du fait, d’une part, du nombre de plus en plus important de personnes riches intérieurement (et heureusement !), et d’autre part, de la dépréciation de la valeur travail sur le marché.
Bonjour Séverine,
Il est clair qu’en ce monde d’aujourd’hui les choses vont beaucoup plus vite et que les outils mis à disposition sont d’une puissance toute autre que celles d’il y a 20 ou 30 ans.
Cela n’empêche qu’il faut relativiser. Aujourd’hui, un JD est autrement plus qualifié qu’un JD d’il y a 20 ans. Donc dans l’absolu, sa richesse intérieure (je dirais ses qualifications) sont nettement supérieures techniquement et technologiquement mais par contre son expérience et sa maturité relationnelle ne pourront se faire qu’avec le temps et bien sûr en fonction du milieu qui l’entoure.
Mon père avec son certificat d’étude (niveau 5ème) était perçu comme un “connaissant” par rapport à son entourage et bénéficiait d’une certaine aura. De mon temps, le BEPC (niveau 3ème) était la norme minimale pour trouver un job à l’équivalent aujourd’hui d’un bac.
Un jeune d’aujourd’hui en termes d’éducation et de compétences techniques est largement au-dessus de la mêlée par rapport à hier mais pour aujourd’hui, il est tout simplement considéré “normal”.
Ensuite vient la notion de la valeur du travail. C’est vrai, avant le travail représentait une valeur car on y passait non pas 35h mais plutôt 45h sans compter les a-côtés (travail pour soi ou travail au noir).
En fait, on n’arrêtait pas vraiment de travailler car cela étant non seulement nécessaire mais aussi apportait une reconnaissance que vous étiez quelqu’un de bien car “travailleur”.
La perte de reconnaissance du travail vient de la perte de certaines valeurs morales. La valeur de l’effort était de mon temps reconnue. Aujourd’hui le travailleur s’est mué en consommateur de biens de toutes sortes et récemment de loisirs avec les RTT.
Les nouvelles générations ont grandi dans un confort inégalé qui leur a caché les restrictions voire la pauvreté (matérielle et intellectuelle) vécue par leurs parents ou grand-parents.
Aujourd’hui le monde court à sa perte parce que l’on veut industrialiser un mode de vie qui n’était accessible qu’à quelques “happy few”.
Pour moi, la nouvelle conquête sera d’ordre éthique car à ce train là nous allons droit dans le mur de la destruction irréversible de notre planète.
N’étant arrivé qu’à la moitié de ma vie de terrien bien qu’ayant maintenant passé le demi-siècle, je souhaite de tout mon coeur que la nouvelle génération c’est-à -dire ceux qui seront aux commandes des comité de direction fassent en sorte que les valeurs morales et d’éthique soient mise en première place et avant toute considération d’accumulation matérielle personnelle.
C’est toute la richesse que je leur souhaite de telle manière que l’équation devienne : richesse immatérielle = temps x richesse intérieure.
Mes parents (tous deux salariés) m’ont éduqué avec l’importance du travail dans une vie. Les vacances et les loisirs n’existaient pas vraiment dans notre maison. Par contre, l’importance de travailler pour réussir sa vie était omniprésente; d’où, aujourd’hui, cette angoisse envahissante à chaque fois que je ne travaille pas.
Mon père va prendre sa retraite à la fin de l’année ce qui peut paraître une très bonne chose, sauf qu’à part son travail rien ne l’intéresse vraiment !
Je suis née et j’ai grandie dans cette société de consommations et de loisirs, mais je n’y appartenais pas. Depuis l’obtention de mon diplôme et ma recherche d’emploi, j’ai réalisé l’importance de se satisfaire ailleurs que dans le travail. Ainsi, mon équilibre et ma richesse intérieure pourront atteindre un optimum.
Comme j’aurais aimé commencer à travailler il y a 20 ans, cette époque où l’éthique n’avait rien d’une idéologie puisqu’elle relevait du bon sens.
Alors, à quand cette reconquête de l’éthique ?
Merci beaucoup pour votre réponse !
Séverine, je suis content que tu aies reçu cette éducation qui permet d’être “éthique” par le simple “bon sens”.
La valeur du travail n’a d’égal que la valeur du travail que l’on fait à l’intérieur de soi. L’extérieur n’étant qu’une matérialisation de ce qu’il y a à l’intérieur de nous.
A force de vouloir faciliter “la vie” des clients, on vient à en faire des “légumes”, des “mous” de l’intérieur.
La difficulté et l’adversité sont primordiaux à l’éclosion de nos qualités fondamentales cachées en nous. Les anciens savaient que la facilité ramollissait le cerveau et surtout le courage à vouloir devenir soi.
Les meilleurs vins sont produits dans les terres les plus difficiles.
C’est à cela que l’on reconnait les “gagneurs”, ceux qui veulent exprimer ce qu’ils ont dans les “tripes” sans pour cela nuire à quiconque.
Etre un gagneur c’est simplement démontrer que la force de volonté à vouloir s’épanouir est supérieure à la facilité débilitante de ce monde dit moderne.
Je vous recommande d’aller lire d’autres articles que j’ai écrit à ce sujet.
La plus grande richesse intérieure que nous avons est celle d’avoir compris que l’on peut s’épanouir pour le bien de tous sans avoir à faire une seule malversation envers quiconque.
Aidez son prochain est la plus grande chose que nous pouvons faire mais pour cela nous devons affirmer notre différence, notre unicité afin d’être utile à tous.
Vouloir ressembler aux autres, devenir un anonyme parmi les moutons, c’est abandonner ce qui fait la richesse de l’être humain : sa capacité à créer son rêve.
Je vous souhaite donc d’accomplir ce que vous êtes en sachant que le travail est d’abord intérieur et que l’extérieur n’est là que pour démontrer ce qui est déjà en vous !
Soyez une travailleuse de l’intérieur et vous découvrirez combien les autres “travailleurs” vous respecteront car eux ils savent ce que cela veut dire.
C’était cela le lien entre les travailleurs anciens, c’était ce partage de vouloir faire mieux au bénéfice de tous dans ce monde difficile dans lequel ils vivaient.
La force du groupe au bénéfice de l’effort individuel qui in fine bénéficiera au groupe.
Je ne manquerai pas de vous lire.
[...] Article appartenant au recueil: RC21 - L’argent et nous, et nous… Article suivant recueil : Management (12) : le rapport à l’argent (3) Article précédent : Management (12) : le rapport à l’argent (1) [...]
Bonjour Laurent,
Merci beaucoup pour ces rappels simples, directs et efficaces pour moi.
Ils résonnent et boostent pour aller un peu plus loin en moi et assumer un risque de plus, quitte à me planter. Car , ça je le comprends de plus en plus, il n’y a au fond pas de plantage, tout mouvement, accompagne l’évolution.
C’est avec grand plaisir, que je vous remercie pour tous vos dons et vous souhaite de poursuivre avec autant d’entrain, de joie, de mouvement votre voyage intérieur. Tous mes voeux, le bonheur est ici et maintenant!
Au plaisir de vous lire, ici ou ailleurs.
Joele