Management : Pourquoi un salarié se fait-il la malle ?
Il est vrai que cela commençait à faire longtemps que je n’avais pas écrit quelque chose sur le management. Il faut dire que le sujet est vaste et qu’il y a vraiment beaucoup de choses à dire, bien qu’avec un peu de recul, on tourne toujours autour du même sujet.
Globalement, la majorité des problèmes liés au management vient du manager lui-même. Par son attitude qui est le reflet du comment il se voit, se perçoit et du comment il voit la vie à travers ses limitations et ses complexes, les problèmes apparaissent spontanément.
La bonne connaissance de l’être humain commence par la bonne connaissance de soi-même. Les autres n’étant, ni plus ni moins, qu’un reflet de vous-même, il est fortement conseillé d’être à l’écoute, de savoir observer et surtout d’être volontaire pour changer en nous ce qui doit être changé.
Quand quelqu’un ne vous plait pas, cela veut tout simplement dire qu’il possède quelque chose en lui qui résonne fortement en vous. Lui, il n’y est pour rien si la sale gueule qu’il a c’est celle que vous voyez tous les matins quand vous vous levez.
En clair, la vie vous montre en permanence ce qui n’est pas clair en vous quand vous vous sentez mal. Et réciproquement, quand quelqu’un vous semble bien, c’est qu’il porte en lui des qualités que vous vous reconnaissez posséder.
Si par contre, il possède des qualités que vous n’avez pas et que vous désiriez posséder, alors vous allez le mettre dans vos “favoris” afin de bénéficier de ses qualités, de son enseignement. Vous en ferez peut-être l’une de vos idoles et vous allez devenir un de ses groupies, un de ses fidèles.
Quel que soit l’âge, on se la joue comme cela mais il faut dire que sur le plan du management, c’est seulement dans la quarantaine que l’on commence à prendre du recul par rapport aux attirances et aux rejets que les autres nous provoquent.
Alors en revenant sur le titre de cet article “Pourquoi un salarié se fait-il la malle ?”, on pourrait, à première vue, citer des tas d’exemples surtout si l’on puise dans notre propre chemin de vie professionnelle.
Il n’est point nécessaire d’aller acheter des bouquins là -dessus afin de prendre connaissance de quelques vérités lâchées par des psy du travail planqués dans un statut de fonctionnaire quelconque. Une simple vie de salarié qui a envie de s’épanouir suffit à faire le tour du problème.
Raison 1
L’être humain étant avant tout un ego sur 2 jambes, la 1ère raison est qu’il sent qu’il n’est plus suffisamment reconnu dans ce qu’il fait. Rejeté au simple statut de l’anonyme de service, il deviendra progressivement de plus en plus ouvert à l’idée que l’herbe est plus verte chez le voisin.
Quand l’herbe de la liberté, du rêve, du meilleur, du mieux payé, d’un meilleur job commence à pousser en lui, la partie va devenir de plus en plus difficile pour le garder au sein de l’entreprise. C’est comme la mauvaise herbe : une fois qu’elle s’est invitée, il est difficile de l’éradiquer.
Raison 2
Ses revenus sont insuffisants pour lui garantir la vie qu’il désire. Il suffit que son conjoint vienne à perdre son job ou que des petits pieds s’invitent pour que, d’un seul coup, un employé sans problème devienne un aspirant sérieux au changement.
Sans devenir le psy de service, si vous ressentez qu’un de vos salariés commence à avoir un comportement bizarre ou que tout d’un coup son emploi du temps devient infernal, allez simplement parler avec lui en ami et levez le lièvre rapidement.
Beaucoup de salariés n’osent pas venir taper à votre porte pour demander une augmentation voire une promotion. Leur négativité par rapport à leur chance de succès de leur demande les paralyse suffisamment pour qu’ils opèrent en douce jusqu’au moment où vous vous retrouvez avec une lettre de démission.
L’expérience m’a montrée que, même si vous faites tout votre possible à ce moment-là , le salariés partira de toute façon. Ce n’est qu’une histoire de temps car lorsque quelqu’un a humé l’odeur du large c’est déjà trop tard. Ce sera plus fort que lui, il faudra qu’il tente sa chance car le rêve restera toujours plus fort quoique vous fassiez.
Raison 3
Même quand les 2 raisons précédentes sont OK c’est-à -dire que le salarié se sent reconnu et bien payé, la 3ème raison apparaîtra quand la pression de l’atteinte des objectifs commencera à lui faire courber le dos.
Tout être humain accepte de faire des sacrifices jusqu’à un certain niveau. Au-delà , il va commencer à gamberger et à remettre en cause sa condition de travailleur méritant. Avec un tout petit peu d’observation, il est facile de reconnaître les symptômes de l’opprimé.
Si le stress est un moteur pour 1/3 des gens, il en reste quand même 2/3 qui vont péter les plombs à un moment ou à un autre. Si vous n’êtes pas attentif aux premiers symptômes comme la démotivation, l’énervement récurrent, les réflexions à l’emporte pièce, les absences répétées alors changez de fonction car vous n’êtes pas fait pour avoir un poste d’encadrement.
Raison 4
C’est l’ensemble des autres raisons qui ne rentrent pas dans les 3 premières. En effet, ce sont celles qui ne dépendent pas de vous directement et auxquelles, généralement, vous ne pourrez pas grand chose, voire rien du tout.
Par exemple, le cas le plus fréquent c’est quand le conjoint est muté suffisamment loin géographiquement ou que la dame se marie et va rejoindre son prince charmant. Il y a aussi les accidents “physiques” qui font que la personne ne peut plus tenir son poste, ou que la dame tombe enceinte et désire se consacrer à sa vie de mère de famille, etc…
Enfin bref, vous aurez compris, ce sont tous les motifs pour lesquels aucun hiérarchique ne pourra remettre en cause vos compétences de manager.
Raison 5
Je rajoute ce dernier point car cela ne fait pas partie de la même catégorie que les autres mais qui est quand même présent dans la réalité de ce monde. C’est que c’est vous qui désirez que l’employé aille voir ailleurs.
Il existe un grand nombre de raisons à cela, même si l’éthique et les lois sont contre vous. Le cas le plus flagrant c’est l’employé qui arrive à 8 heure du matin avec un coup dans le nez et qui lors de la pause du matin s’enfile une demi-bouteille d’un tort boyau pour finalement arriver à midi dans un état d’ébriété hyper prononcé.
Beaucoup de manager sont désarçonnés face à l’alcoolisme sévère voire à la drogue dure. Bien que l’entreprise doive être un lieu social d’épanouissement pour l’individu, elle ne peut être un établissement de soins intensifs.
Les retards récurrents des jeunes le vendredi matin parce qu’ils ont été en boite toute la nuit du jeudi soir et qu’ils dorment debout quand ils arrivent au boulot, cela peut encore passer mais quand ils n’arrivent toujours pas à articuler quelque chose de cohérent à midi parce qu’ils sont encore sous l’emprise de la drogue, vous commencez à penser à un contrat à temps partiel…
Je parle de tout cela car je l’ai personnellement vécu et bien qu’un manager doive être très à l’écoute de ses collaborateurs, il y a des fois où vous ne savez plus si vous êtes le psy de service, l’assistante sociale ou l’infirmier avec ses cachets d’aspirine ou d’éféralgan.
La fidélisation de ses employés demande beaucoup d’abnégation et de compréhension mais certaines personnes dépassent vraiment les bornes et se croient tout permis parce qu’elles ont un CDI voire une carte syndicale.
L’amalgame entre un CDI et un statut de fonctionnaire est assez courant et il faut bien le dire, les syndicats font tout pour que cela soit perçu de cette façon. Au nom de la précarité, ils voudraient que les entreprises se transforment en baby-sitter pour adulte en attente de la retraite.
D’un autre côté, je comprends et je sais qu’un certains nombre de patrons ne sont pas des saints et que les rapaces existent, aussi bien dans la fonction publique que dans le privé. Dans la première, on les repère sur les affiches électorales mais dans les seconds, ils se retrouvent planqués dans beaucoup de zone industrielles, artisanales et de sièges sociaux.
Le manager type idéal n’existe pas, à l’image du collaborateur type idéal. C’est juste une histoire de chiffres, de statistiques comme sur une belle courbe de gauss. Ceux qui sont sur les bords, aussi bien à droite qu’à gauche, subissent des traitements favorables et défavorables tandis qu’une majorité au centre donnent le bourdonnement de fond.
D’ailleurs, cette même courbe de gauss s’applique à votre âge. Au début quand vous êtes jeunes, la courbe vous est défavorable pour ensuite venir confortable pendant une bonne vingtaine d’années pour enfin redevenir défavorable une fois la bonne quarantaine arrivée.
En tout cas, ce que je peux dire c’est qu’en début de carrière, il faut fidéliser à fond afin de réduire la bougeotte pendant les belles années parce qu’une fois arrivé la cinquantaine c’est l’inverse qui se passera.
Alors si vous voyez un quinqua qui a la bougeotte, dites-vous que celui-là est encore vert et qu’il vous faudra le gérer comme un jeune. Personnellement, j’ai l’habitude de me présenter en disant : “21 ans et 30 ans d’expérience”.
Imaginez le rêve d’un patron : avoir un jeune avec plein d’expérience ! C’est fabuleux à la seule condition que l’individu ne soit pas devenu physiquement un vieux. Or pour beaucoup, c’est là que le nombre de bouteilles bues, de cigarettes grillées, de cafés engloutis et de repas ingurgités démontrent leur toute puissance dévastatrice.
A quoi cela sert-il d’avoir une carte mère d’ordinateur dernier cri quand les périphériques datent un peu trop. A l’ère des clés USB, qui peut encore arriver à vendre des disquettes 5 pouces 1/4 ?
Alors si vous croisez un quinqua avec un disque dur amovible en USB, prenez le temps de discuter avec lui car s’il vient à quitter votre entreprise, ce n’est pas une toile de tente qui déménage mais un immeuble avec un paquet d’archives…
Laurent DUREAU
Tags :compétence, épanouissement, expérience, manager, motivation, vie professionnelle
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Catégorie : 2-Recrutement

















Le management, c’est l’évangile de l’efficacité.
Bonjour Yanouska,
Ta réflexion est absolument vraie à la seule condition de mentionner le contexte. En effet beaucoup de gens “cadres” se disent faire du management et quand l’on regarde les faits (c’est-à -dire les résultats), on s’aperçoit que c’est souvent le contraire.
Ils sont le problème et sans eux le système serait plus efficace. Un bref sondage auprès des “travailleurs” suffit à prouver qu’il existe plus de mauvais “managers” que de bons. Je reformulerais donc ta phrase comme cela :
Le VRAI management, c’est l’évangile de l’efficacité.
Bonjour Laurent
Pourquoi un salarié se fait la malle?
J’aurais tendance à dire plus simplement que ces objectifs ne correspondent plus à celles de l’entreprise, notamment à son égard, ainsi que du fait qu’il se sent capable de trouver “mieux” ailleurs.
Le “problème” peut venir du salarié, de son Management ou de l’entreprise.
Un des problèmes est peut-être que pas assez de salariés “vont voir ailleurs”. S’il y en avait plus, cela constituerait une “pression positive” pour que les entreprises améliorent leur politique RH. Malheureusement, d’une part le marché de l’emploi est l’un des plus opaque et inefficace et par ailleurs trop de gens ont une difficulté à évoluer d’une crainte de précarité vers une maîtrise de la mobilité. Finis l’époque des “trente glorieuses” et ou l’on pouvait effectuer toute sa carrière dans la même entreprise. Ceux qui se “cramponnent” à leur poste sont par définition mécontent et cela se répercute, dans leurs travail et leurs relations avec les autres, dont notamment leurs subalternes.
Je suis d’accord avec vous qu’être Manager nécessite une bonne connaissance, des autres comme de soi-même. C’est à la fois une question de maturité et d’expérience, d’où le fait que les pays Anglo-saxon perpétuent le système de “trainee Manager”.
Contrairement à ce que pensent certains esprits cartésiens ou Fordistes, il est impossible de “fabriquer” un Manager, prêt à l’emploi, à partir de cours magistrales; surtout quand nombrent d’enseignants n’ont jamais mis les pieds hors du monde scolaire!
Bonjour Jean,
Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu de tes commentaires éclairés. Merci !
Sinon, il est vrai que de nos jours, il n’est pas très bon d’aller fureter un peu partout et de laisser tomber son job principal. Trop d’incertitudes règnent et aujourd’hui nombreux sont ceux qui courent après le graal du CDI. Il faut dire que le marché français ne facilite pas la chose comme dans les pays anglo-saxons.
Quand à la “fabrication” des managers, je suis tout à fait d’accord avec toi. Cela ne se fabrique pas mais se découvre dans l’existant. Quand les Français auront compris que les diplômes ne sont que des certificats de conformité, ils comprendront peut-être pourquoi le marché est si bloqué !
Quand à ceux qui se la jouent dans les amphithéâtres, je les laisse à leur sort et à leurs illusions. Tout ce que je sais c’est qu’ils émargent suffisamment pour ne pas rouler en Clio, alors tant que cela durera, ils y resteront !