2012 : La fin du management dinosaurien ?
Le titre peut sembler provocateur mais c’est largement dans l’air du temps. En effet, à l’heure de la mondialisation, peut-on encore penser comme dans l’âge de l’industrialisation à tout va ?
Est-ce que le chef est plus éduqué, plus érudit et plus sage que ses collaborateurs qui ont tous des bacs + quelque chose à leur actif ? C’en est fini de l’ouvrier qui savait à peine écrire son nom et dépasser le stade de lecture du canard local pour alimenter les rumeurs locales !
Y aurait-il besoin d’un renouveau managérial et la fin du management traditionnel dont on nous assassine dans les grandes écoles. A l’ère du web 2.0 (bottom-up) où chacun peut s’exprimer, est-il encore bon de se la jouer web 1.0 (top-down) ?
La question est non seulement posée mais je crois qu’elle est vraiment d’actualité. En effet ,beaucoup d’entreprises commencent à voir leurs vieux partir en retraite (avec leurs bonnes habitudes du respect de l’autorité) pour être remplacés par des jeunes qui ne pensent qu’à déranger l’ordre établi.
Est-ce que nos dirigeants avec plein d’expérience sont capables de s’adapter à la nouvelle donne ? Eux qui sont tant habitués aux salons du rotary club, aux secrets bien gardés et à l’autorité hiérarchique inamovible.
Sincèrement, je pense que le clash sera pour bientôt entre ces anciens ayant été formés selon les standards de l’après-guerre et ceux formés à coup de console nintendo. Les premiers se la jouent dans le matérialisme alors que les autres nagent en plein virtuel !
Alors comment va-t-on faire pour passer d’un matérialisme brut et destructif à un état d’être épanouissant, respectueux de la planète et des petites gens ? Est-ce que les règles de management capitaliste de nos anciens, encore largement enseignées dans les “grandes écoles”, vont survivre à la légèreté de cette génération nintendo ?
Nous passons d’un paradigme de la propriété personnelle (ce qui définit votre valeur) à un paradigme du partage et de la virtualité. Aujourd’hui, posséder terrain et maison ne veut plus vraiment dire que vous êtes quelqu’un qui a réussi !
Aujourd’hui, on se la fait dans la connectique, dans l’accès à l’information, dans le partage et la fabrication de communauté virtuelle via des réseaux sociaux tout aussi virtuels. On nage en plein numérique comme avant on nageait en pleine guerre de propriété.
Avant, les gens achetaient pour avoir car ils n’avaient pas, mais maintenant, qu’avons-nous à acheter sinon une identité numérique, une eréputation, un non-anonymat ? Chacun veut être et déclarer son existence pour ce qu’il est et non plus par ce qu’il a.
Si aujourd’hui vous roulez en Ferrari, c’est super mais demain vous serez peut-être en vélo car vous aurez perdu votre job et que vous ne pourrez plus payer l’essence et les assurances.
Ce qui semble vous appartenir aujourd’hui sous la forme matérielle semble beaucoup moins solide pour le futur car ce dernier se fera en fonction de se qui se passe en vous et en fonction de vos richesses intérieures.
Avant, il fallait être riche pour être éduqué et fréquenter les “grandes écoles”. Mais dans quelques années, un énarque ressemblera plus à une statue de l’ancien bloc soviétique plutôt qu’à une image du futur.
Le management de demain est donc à inventer et surtout à mettre en place. Sortir des sentiers battus semble presque une obligation parce que nous savons que celui que nous empruntons aujourd’hui nous mène vers la décharge planétaire et, in fine, à l’auto-destruction de toute vie sur Terre.
L’intuition et la créativité ne sont plus l’apanage des seuls dirigeants. Ce serait même plutôt l’inverse ! Ils sont trop conditionnés par des règles qui n’appartiennent pas au XXIème siècle. Ils font presque office de dinosaures en attente de catastrophe finale (la météorite, où çà , où ça ?).
Alors peut-on encore demander aux gens de travailler comme des bêtes, de devenir encore de plus en plus productif pour le bénéfice de quelques-uns ? L’exploitation des masses n’est plus de mise comme l’exploitation irrationnelles des ressources naturelles.
Il faut en finir avec cette attitude du “tout pour moi” et pas grand chose pour les autres. La mondialisation se présente aussi sous le nom de globalisation. Ce n’est pas par hasard, car maintenant nous savons tous que nous sommes dans le même bocal.
Ce que l’un prend pour lui, il l’ôte à un autre. Ce qu’il achète pas cher, il le vole à un autre. Ce n’est que par les différences de monnaie que l’un exploite l’autre, mais cela ne durera pas éternellement car, quand celui qui avait faim n’aura plus faim, il défilera dans la rue pour proclamer son envie d’être respecté et non plus exploité.
Alors dans tout cela, comment va progresser le thème de l’innovation managériale ? Essayer d’aller grappiller les quelques miettes d’exploitation possible de l’être humain ou carrément changer de paradigme.
C’est un peu l’histoire qu’a vécu le Japon entre la tradition des samouraïs et la nouvelle armée avec des fusils et des canons. Le film Le dernier Samourai avec Tom Cruise. Cela va être une déchirure puisque, apparemment, le monde d’aujourd’hui préfère mourir plutôt que de reconnaître qu’il n’est plus adapté.
Est-ce que le code du Samourai est tant dépassé de nos jours ? Est-ce que l’honneur, la fidélité, la sincérité, le courage, la bonté, la bienveillance, la modestie, l’humilité, la droiture, le respect et le contrôle de soi sont dépassés ?
Quand les chefs d’entreprises décideront de faire de chaque collaborateur un allié afin de grandir à l’échelle de la planète humaine ? En quoi le management peut-il faire obstacle ou faciliter l’innovation dans sa propre entreprise ?
Comment conjuguer information, savoir et savoir-faire pour libérer le potentiel créatif de ses salariés ? Quelle place réserver aux savoirs en entreprise si l’on considère que l’enjeu du savoir est d’accroître la liberté de penser et la capacité créative des hommes ?
Au final, comment favoriser les idées de chacun pour les mettre au service de l’ensemble ne serait-elle pas une qualité précieuse du futur dirigeant ?
Bien sûr, on nous bassine avec l’innovation participative, la valorisation de l’humain , le capital immatériel, la capacité d’innovation, la qualité de travail interne, la valeur de chacun mais tout cela ne reste que du blablabla !
Cela reste toujours des actions menées par la direction mais pas véritablement par une action véritablement concertée. C’est vrai que les syndicats eux aussi sont encore largement coincés dans la lutte des classes et ne favorisent pas vraiment l’ambiance.
La triste réalité est que l’ancien management disparaîtra quand les syndicats aussi disparaîtront. Ils appartiennent tous les deux à la même époque, à la même énergie dans leur polarité respective.
Le collectif futur se construira par l’action individuelle dans un système où l’écrasement de la hiérarchie sera totale. Ce sera un espèce de consensuel qui n’en sera pas un. Ce sera comme des équipes projets qui se feront et déferont selon la nécessité de l’ensemble.
Tous seront responsables à un moment ou à un autre mais pas forcément tout le temps. Le stress du cadre et la solitude du dirigeant n’existera plus car chacun, à tout de rôle, laissera sa place pour aller prendre ses congés et se refaire une santé.
Chacun, selon ses possibilités, s’inscrira dans des groupes différents. Il réseautera intelligemment et saura démontrer ses compétences, non pas avec un diplôme acquis à 20 ans et vieux de 30 ans, mais en fonction des recommandations de ses collègues.
Il en sera ainsi fini des coups tordus, des incapables nommés pour cause de lèchage de botte ou d’appartenance à un clan. Le vote populaire sera plus juste et plus équitable car chacun en dépendra.
La réputation vaudra tellement qu’il en sera impossible de faire des magouilles sous peine de se voir complètement mis en touche. Les valeurs morales reprendront le dessus et tout ce qui fera aussi la différence est que le peuple ne pourra plus se faire manipuler comme avant.
En effet, en accédant à l’information sur internet, l’intéressé pourra avoir plusieurs versions tout en sachant qu’aucun état ne pourra jamais contrôler la toile. Fini les journaux télévisés identiques sur des chaines différentes.
Je me demande combien de gens se sont vraiment posés la question du pourquoi le JT de TF1 est pratiquement à la minute près identique à celui de la 2. Normalement la première est privée et l’autre publique et pourtant ils disent absolument la même chose dans un timing quasiment parfait !
C’est dingue de voir qu’en France, le pays du soi-disant des “droits de l’homme”, l’état mène une guerre totale à toutes les tendances n’ayant un rapport direct avec les religions dominantes (catholiques, protestant, islam, judaïsme et bouddhisme).
La dernière visite du pape en France dénote la notion toute relative de la laïcité. Tout cela n’est que du baratin de façade pour mieux contrôler les déviants. C’est-à -dire ceux qui pourront apporter le changement !
Je m’en vais donc faire un petit article sur les déviants “positifs” comme ils disent car vous imaginez bien que les “dévient négatifs” sont pourchassés comme du temps de l’inquisition. Le projet Edvige est là pour nous le rappeler !
Laurent DUREAU
PS : voici un petit bouquin sympa qui débrousaille le concept : LA FIN DU MANAGEMENT Inventer les règles de demain de Gary Hamel, Editeur Vuibert, 2008
Tags :2.0, entreprise, équipe, globalisation, manager, potentiel, projet, réputation, tendance, travail
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Superbe article. Ceci rejoint une réflexion que je m’étais fait sur la cause du renouveau du développement personnel.
J’ai vraiment l’impression que chacun essaye de sortir des chemin battus de la réussite, comme tu le dis genre la maison et la voiture.
Il y a l’internet, l’abolition des frontières, l’information pour tous.
Je suis comme toi curieux de voir ce que le management deviendra d’ici quelques années.
Bonjour Argancel,
C’est vrai que l’avenir nous réserve bien des surprises et ceux qui auront su se faire une place de choix dans ce futur sont à pied d’oeuvre maintenant !
Bonsoir,
Sur le fond je suis d’accord avec vous deux… mais cette synthèse, aussi intéressante soit-elle, présente le défaut de ne tenir aucun compte de la conjoncture environnementale et énergétique.
Qu’en sera-t-il de la mondialisation dans 30 ans ? Et d’internet, si en effet nous sommes actuellement perchés sur le pic du pétrole et du gaz, et si nous ne trouvons pas d’alternatives à ces deux énergies ?
(alternatives qui devraient être suffisantes en quantité, ce qui à l’heure actuelle n’est ni le cas du nucléaire ni le cas des énergies renouvelables).
Dans l’absolu vous avez à mon sens parfaitement raison. Dans la pratique… comme vous le dîtes, le monde change de visage en une décennie…
Je suis très optimiste de nature, mais je m’inquiète beaucoup de constater que ces bouleversements absolument majeurs, d’une manière ou d’une autre (j’espère la moins pire), sont comme niés, absents du paysage de toutes les analyses et de toutes les prévisions - ou presque -. On suit le trend, les tendances des évolutions actuelles, en restant totalement aveugles à ces données majeures.
Vous me direz que dans ces conditions, on ne peut rien prévoir… c’est très juste. Une seule certitude : une transformation radicale de notre monde est à prévoir, et plus on ferme les yeux là -dessus, plus la transformation sera brutale.
Internet, et le nouvel esprit qu’il insuffle en chacun, en sortira peut-être indemne. Peut-être même renforcé. Comme il est tout autant possible qu’une fin de la mondialisation et l’amoncellement des problèmes économiques nous ramènent au XIXème.
Bonjour Boréale,
Ta première et dernière phrase de ton commentaire résument à elles seules ce qui nous attend. J’ai déjà écrit de nombreux articles sur l’environnement car cela fait déjà plus de 30 ans que je prêche dans le désert malgré des références professionnelles indiscutables.
Actuellement, le style de la mondialisation ne fait que généraliser un style de vie qui était normalement réservé à quelques pays riches et colonisateurs. Maintenant que les gros s’y mettent (Chine en tête), il est indiscutable que le modèle suivi mènera inéluctablement à la destruction de la planète et de ce qui vit dessus.
Il faut donc qu’il y ait un changement plus qu’important mais comme tous les pauvres de la planète espèrent vivre comme nous, les stocks de la planète Terre n’y suffiront pas. C’est en cela que j’espère que le management dinosaurien mourra de sa belle mort.
Si l’on ne change pas cela, il sera impossible de changer le mode de fonctionnement économique actuel. Toute personne censée aujourd’hui sait que nous allons tous vers la mort mais réduire son train de vie est inenvisageable sauf quand il y aura pénurie pour tous (ah, le moi d’abord et les autres après !)
La pénurie entraînant la hausse des prix, il est clair que ce sera toujours les mêmes qui vont payer. Mais d’ici là , les pays riches deviendront moins riches au quotidien jusqu’au moment où l’on reprendra le vélo pour aller au boulot…
Je ne vais pas réécrire tous mes articles à ce propos dans ce commentaire mais globalement l’humanité va devoir affronter des difficultés qu’elle refuse de voir au nom des petites habitudes et de la non-ingérence dans la politique d’un pays.
C’est comme pour la fraude fiscale, il y aura toujours quelques pays “offshore” qui profiteront de l’interdiction des autres. Et comme tout le monde pense qu’il sera dans l’offshore environnemental, la musique continuera d’elle-même ! Allez demander aux américains de changer de frigo et d’apprendre à faire du vélo c’est comme dire aux démunis qu’il faut qu’ils meurent…
Il y a quelques jours, j’ai mis en ligne un billet Allez hop, une petite vidéo qui fait du bien ! qui dit l’essentiel concernant le mode de vie environnemental des américains.
La mélanine dans le lait des enfants chinois n’est peut être pas à mettre entièrement sur le dos de gens qui voulaient se faire du blé. Parlez aussi aux fabricants d’OGM où de produits toxiques comme le phytosanitaire.
Il est politiquement incorrect d’aborder la question de la surpopulation mais n’empêche que l’UE a quand même accepté les OGM alors que tous n’en veulent pas. Il faut aller un tout petit peu plus loin que juste le coté économique.
J’ai arrêté de mentionner les informations alarmantes sur mon blog car rapidement on me taxe de pessimisme lourd. Alors saches “Boréale” que le coté environnemental n’est pas oublié mais est largement sous-jacent à mes propos seulement il ne faut pas le nommer car les internautes recherchent d’abord des articles positifs et encourageants. Et je les comprends, vu l’ambiance du monde d’aujourd’hui… et de ce qui nous attend demain !
pourquoi 2012 ? A cause de la fin du calendrier Maya, si adepte des formes pyramidales ? Parce que 2012 verra un changement politique aux US, en Russie et en France simultanément ?
Les pyramides s’écrasent. C’est indiscutables, les réseaux étant aujourd’hui, grâce au moyens de communications mis à notre disposition, bien plus performant.
Je recommande à ce sujet le bloc note de Bertrand Duperrin et le livre et blog de Thierry Crouzet: le peuple des connecteurs
Je vais commander ce livre, dont décidemment tout le monde parle…
Bonjour Phyrezo,
2012 est considéré comme la fin des temps et donc la fin d’un monde qui laissera place à un autre monde et à nouvelle ère d’expérimentation. J’ai déjà abordé le sujet via le billet sur le dédoublement du temps (vidéos) qui explique cela assez bien.
Encore quelques années avant d’arriver à l’échéance que j’attends avec une certaine impatience. D’ici-là le monde connaitra encore quelques soubresauts afin que l’humanité prenne conscience enfin que son mode de fonctionnement n’est plus adapté.
Il faut écraser lourdement les hiérarchies afin que l’individu se révèle à lui-même. Fini d’être l’anonyme de service dans une organisation qui ne pense qu’enrichir des actionnaires. Le droit individuel va prendre le dessus au même titre que le partage…
Attendons un peu que les nouvelles générations se réveillent non pas en étant défroqué mais en étant pleinement responsable de ses actes et de ses pensées.