Procrastination, mon amie, je t’aime !
La procrastination, ou l’art de reporter à plus tard, est un sport humain largement répandu puisqu’il touche la totalité des individus. Selon la culture de ce dernier, cela est plus ou moins bien vu.
Procrastiner, ou remettre au lendemain pour échapper probablement à l’action de le faire, est salvateur dans bien des cas. Mais c’est comme pour la maladie, on nous la présente comme une faiblesse, un défaut alors que c’est une protection à l’origine.
En effet, il existe des tas de bonnes raisons pour renvoyer à plus tard quelque chose qui, dans le fond, nous embête. On procrastine lourdement quand on parle de vaisselle, de nettoyage ou d’autres tâches pas vraiment agréables.
Par contre, on n’en aurait pas l’idée si une charmante demoiselle vous déclare sa flamme (à éteindre). Les hormones, ça n’attend pas alors qu’aller faire un coucou à un cousin nous ennuie profondément.
En clair, la procrastination, c’est une sorte de fusible pour garder un minima de joie de vivre et d’enthousiasme.
La question principale est donc : où est la ligne rouge de la procrastination ? Quelle ligne doit-on tracer afin de faire quand même sans pour cela devenir un légume fuyant toute action ?
On sait que quelques tâches nous rattraperont toujours comme la vaisselle par exemple tandis que d’autres ne le seront pas forcément comme changer la couche bien nauséabonde de bébé !
Je ne parle pas du rapport chiant qu’il faut faire au chef, ou au client, et qui ne sera probablement jamais lu et mis au placard avant même que l’encre soit sèche ! C’est vraiment la galère tous ces processus mis dans les sociétés soi-disant pour mieux fonctionner.
La démarche qualité de nombres d’entreprises se résume souvent à s’imposer des trucs administratifs car au fond la peur d’un dysfonctionnement est si grand que l’on considère chaque individu comme un cancre de première.
La première idée qui vient dans notre société du faire, du programmer et du contrôler, est de penser qu’un procrastinateur est quelqu’un de faible ou ayant une volonté ou une envie très faible de faire avancer les choses.
Il ne sera pas forcément reconnu comme un fuyeur de première ou un brasseur de vent mais, quand cela se reproduit souvent, c’est la première idée qui nous vient. Clairement dit c’est un glandeur qui fuit ses responsabilités donc un “mou” qui profite du système.
Dur, dur de se faire cataloguer dans cette catégorie quand on a des vues sur une promotion ou tout simplement faire reconnaître sa compétence. Il arrive donc un moment où la pression devient vite intolérable mentalement et physiquement parlant.
Avoir une pression suffisante est sain pour faire avancer les choses mais, au-delà d’un certain seuil, cela devient de plus en plus improductif. C’est ensuite que la culpabilité entre en scène et finira le tableau en peignant tout en noir.
On se trouve alors entraîné dans une spirale du déni de soi et de ses capacités qui nous mènera inexorablement de la maladie bénigne jusqu’à la dépression profonde.
La procrastination devient donc un fusible salutaire à qui pète les plombs. Comme qui dirait, cela devient humanitaire mais vous, l’entendez-vous de cette manière ?
J’ai subi pendant des années cette pression qui amène inexorablement à ce fameux stress qui vous tue lentement mais sûrement. Cela devient comme une composante continue dans votre vie de tous les jours.
Il existe plusieurs solutions ou exercices de style pour prévenir du syndrome aigüe de la procrastination. J’en ai essayé des tas pour arriver au final à la conclusion suivante : nous sommes notre propre bourreau !
Certes, il peut y avoir des périodes de surcharges et il est normal de manquer de temps pour finir les choses en temps et en heure. Dans ce cas, il faut débrancher “le jugement intérieur” sur vos compétences et capacités.
C’est comme pour une voiture quand le compte tour et la plus haute vitesse enclenchée sont à fond, vous ne pourrez aller plus vite. Donc pas de souci à se faire sauf la sortie de route à la moindre perte de concentration.
Le “game over” n’est pas vraiment sympathique surtout si vous terminez à l’hôpital ou dans un état physique de délabrement accentué. A ce moment là, les gens vous disent que seuls ceux qui se pensaient indispensables sont au cimetière.
Madame procrastination est donc mon amie dans ces cas que je vis régulièrement mais pas facile de lever le pied ! Mais pour cela j’ai trouvé une méthode qui a montré son efficacité celle de la to-do-list simplifiée.
En effet, faire une to-do-list (liste de tâche) simplifiée est de noter que les choses les plus importantes dans un ordre prioritaire tout en se disant que ce que je ne ferai pas aujourd’hui sera naturellement reporté à plus tard.
Ainsi, j’évite de me mettre trop la pression et je bosse au régime auquel la machine peut le faire. Il y a des jours sans et des jours avec. Cela me permet ainsi de prendre en compte l’état du véhicule et de son chauffeur.
J’ai donc à ce propos viré tous les logiciels qui gèrent les tâches automatiquement car ils deviennent rapidement les pires bourreaux de votre enthousiasme. En effet, comme ils n’oublient rien, la liste sera toujours de plus en plus longue et donc totalement démoralisante !
Je préfère donc faire ma liste à la main et sur une nouvelle feuille pour chaque jour. Cela me permet ainsi de hiérarchiser et d’aller à l’essentiel. Cette méthode permet aussi d’abandonner certaines tâches qui tombent en désuétude.
L’expérience m’a montré qu’environ 80% des tâches planifiées ne se feront pas. C’est grosso-modo la règle du 20/80 en action. Aller à l’essentiel car notre mental, dans sa volonté de bien faire, nous aura rajouté une flopée de tâches pas vraiment nécessaires.
Autant l’ego inférieur (notre mental) qui veut tout diriger et contrôler, apprécie la planification autant notre cœur voit la chose différemment. Or qu’est-ce qui est le plus intéressant à vivre ?
Une liste de tâche qui vous asservit comme un esclave ou la joie d’être dans l’instant présent en écoutant votre petite voix. Votre âme peut comprendre dans une certaine mesure que vous êtes coincé dans des “obligations” mais cela ne veut pas dire qu’il faut l’oublier.
La procrastination apparait toujours dans les zones de conflit entre votre âme et votre mental-ego.
A ce titre, l’intensité et la nature de ma procrastination est un indicateur et un révélateur important entre mon cœur et ma tête. Quand j’étais plus jeune, ma tête prenait le dessus car mon ego voulait prouver quelque chose et être reconnu. C’est normal et même presque inévitable.
Par contre, maintenant, je n’ai plus rien à prouver aux autres et surtout à moi-même alors je m’autorise tout simplement à vivre l’instant présent en étant le plus en accord avec mon cœur. Le reste attendra !
En effet, qu’est-ce qui est le plus important : FAIRE ou ÊTRE ? L’un n’empêche pas l’autre mais c’est l’ordre qui est important : Faire pour être ou être pour faire ?
Quand on est au début de sa vie “consciente”, le Faire pour Être semble la bonne solution mais rapidement cela s’avérera une illusion. En effet, ce n’est pas parce que j’ai une grosse voiture, une grosse maison, un titre ou une position honorifique que je suis.
Par contre, Être pour Faire semble donner de meilleurs résultats car quoique vous fassiez, il ne s’inscrit en vous que des bons souvenirs. Car même dans les passages difficiles et pénibles, vous êtes alors en mesure de découvrir les poids et lourdeurs que vous trainez en vous-mêmes.
En étant ce que vous êtes et en le ressentant à chaque instant, vous vous permettez alors d’orienter votre Faire afin de trouver votre voie du milieu. Obligations entrainent responsabilités, certes, mais cela ne doit pas se faire au détriment de votre épanouissement.
Vu par le mental-ego, la procrastination est une tare, une anomalie, une faiblesse, un signe négatif et dépréciateur. Par contre, vue du cœur, elle est un signal, une alarme pour vous recentrer sur l’essentiel c’est-à-dire vous !
Ce qui n’est pas fait aujourd’hui sera fait demain ou jamais. Nul ne peut prétendre ce qu’il lui arrivera demain et encore moins comment le monde sera. Vivre dans la fluidité de l’instant s’accorde mal avec un planning totalement ficelé et d’une linéarité castratrice.
La créativité amenée par ce lâcher-prise dans l’instant permet souvent de trouver des raccourcis et carrément de meilleurs chemins que ceux que nous avions conçus mentalement dans le passé.
La projection est un art du mental mais ce n’est pas la réalité de l’instant présent. Poser des jalons est important pour donner une direction mais il faut laisser suffisamment de mou entre chaque jalon pour que votre cœur puisse exprimer sa créativité.
En privilégiant notre JE SUIS, nous nous donnons de bien meilleurs moyens d’atteindre l’épanouissement dans le FAIRE. Inverser la chose, nous emmènera toujours quelque part mais fort probablement loin de notre destinée première.
La procrastination est donc un message salutaire pour celui qui sait la décoder avec sagesse. Exit donc la culpabilité à son égard afin de conserver cette joie qui fait que chaque jour on se lève avec le sourire.
Une to-do-list de 4 ou 5 choses par jour est autrement plus tonifiante que celle qui en fait 50. Sachez doser en quantité et en qualité vos tâches nouvelles et évitez d’inscrire les répétitives car ce sont ces dernières qui vous englueront.
Laurent DUREAU
PS : Cet article a été écrit dans le cadre du thème du mois de juin du collectif “A la Croisée des Blogs”, organisé ce mois-ci par Boréale.
Tags :Croisée des blogs, ego, épanouissement, illusion, processus, sagesse
Articles en relation
Catégorie : 1-Relation humaine
















J’apprécie à plus d’un titre cette analyse de la procrastination.
Quand on est perfectionniste on essaye toujours de tout maîtriser, noter sans cesse les choses à faire pour ne rien oublier. Et après on se retrouve avec une montagne de choses à faire vraiment démoralisante.
Désormais, j’utilise aussi une liste simplifiée. Au fur et à mesure, je marque des “ok” sur chaque tâche.Comme il y a peu de choses indiquées, ça me permet de me donner la pêche en me donnant l’impression que j’avance.
Pour autant, j’ai aussi des roadmaps pour mes projets en cours. Ce sont des listes de choses à faire beaucoup plus longues, mais que je ne regarde pas à longueur de journée. Je les regarde quand soudain j’ai envie de travailler sur tel ou tel projet. Et je m’en inspire pour remplir ma liste de choses à faire simplifiée.
Moi aussi j’aime vivre dans l’instant présent, et dès que mes listes de choses à faire deviennent trop encombrées, je les abandonne et les met en standby.
Après quelques semaines, finalement, j’ai une meilleure idée de ce qui était vraiment important et de ce qui ne l’était pas.
Merci encore pour cet article.
Sur ce, je te dis à demain!!
Bonjour Laurent,
Encore un article qui me fait régaler !
(expression spontanée de ma méridionnalité
) J’ai découvert le bonheur depuis peu, de faire ma petite liste des choses à faire. Celle qui libère, qui monte en conscience les refus, les peurs d’agir cachées derrière la procrastrination… celle aussi dont je suis fière et heureuse en fin de semaine, quand je visualise tout ce que j’ai réussi à affronter ou à me débarasser. Ah ! c’est bon de lire que tout cela a un sens.
Bonjour Argancel,
Merci pour ton commentaire et ta manière de faire. Et puis, moi aussi, je te dis à demain !
Bonjour Christine,
Il n’y a pas à dire mais chacun de nous faisons apparemment les mêmes choses car c’est dans la logique de la personnalité humaine. Ne pas trop s’encombrer sous peine de sombrer dans la dépression et l’immobilisme.
On est un peu comme les gosses qui disont, une fois les choses faites, “j’ai réussi à faire ça” et qui d’une certaine manière s’en étonne un peu tant on pense avoir un gros poil dans la main !
Bref, vaut mieux sauter de joie quand on a réussi à s’extraire de la torpeur du il-faut-faire et yapuka-faire.
Excellent article! La portion portant sur le fait que la procrastination peut finir par conduire à la maladie m’a fait penser à mon propre article sur le «bore-out»
J’ai beaucoup aimé le parallèle entre procrastination et disjoncteur pour se garder un peu de bonheur, c’est une image que je trouve très parlante!
La seconde partie plaira beaucoup à mon conjoint je crois, je vais lui en envoyer le lien. Quant à cette petite phrase: «Exit donc la culpabilité à son égard afin de conserver cette joie qui fait que chaque jour on se lève avec le sourire.»… j’ajouterais «qui fait que chaque jour JE ME LÈVE EN RETARD avec le sourire»
Bonjour Mama-Zen,
J’adore le “je me lève en retard” car depuis quelques temps je ne connais plus le réveil. C’est pour moi le plus grand cadeau de la vie : se lever quand on est prêt à le faire. Le reste de la Terre peut attendre !
Ça n’a pas de prix du tout et cela donne vraiment une bouffée d’oxygène pour tout simplement ETRE, être là sans obligations, sans rien qui vous attend sauf le simple plaisir de se sentir respirer et vibrer au rythme d’un coeur qui n’a pas forcément envie de s’emballer…
La procrastination c’est l’eldorado pour fuir les “on doit”, “il faut que” ainsi que tout ce qui nous pèse. C’est un nirvana qu’il faut savoir s’accorder régulièrement surtout si en plus, l’autre qui est à côté de vous au lit se trouve dans le même état.
Etre dans le coton tout seul c’est super mais à deux on rit beaucoup plus et les gloussements s’entendent entre les soupirs du bien être…
Je vote pour le coton à deux!!!!
et puis c’est très poétique ton histoire de gloussements entre les soupirs du bien être
Je sais quand ce moment arrivera: quand mes enfants auront grandit un peu, car même si je voudrais procrastiner le matin… parfois l’odeur subtile de la couche pleine me ramène à mes obligations
Salut Laurent !
J’aime beaucoup ton article ! Et tu me fais réfléchir sur les systèmes de gestion et autres logiciels hyper-performants mais qui achèvent toute spontanéité…. Je vote pour la spontanéité ! (mais pour une spontanéité active !
)
Bonjour Boréale,
Je vais te taquiner un peu : D’après-toi peut-il y avoir une spontanéité passive ?
La spontanéité, c’est d’abord laisser notre enfant intérieur nous parler dans son ici et maintenant car lui, il n’a pas de bloc-notes pour renvoyer à plus tard. Il est dans le JE SUIS à chaque seconde, et sincèrement, il piaffe dur quand on ne l’écoute pas et cela s’appelle des émotions…
C’est donc l’expression des émotions qu’il faut contrôler et non pas ce qu’il nous dit. Bref, c’est tout un programme dont j’aimerai parler avec toi car vraiment cela m’a désolé de ne pas pouvoir te rencontrer la dernière fois sur Paris.
Ma présence en région parisienne touche à sa fin, et sincèrement, il me serait agréable d’accrocher un ressenti à cette photo souriante
Fais-moi signe quand tu auras des disponibilités car à fin juin, je vais aller m’exiler dans un trou perdu où même certaines personnes ne savent pas encore que ce n’est plus Chirac qui est le Président…
La spontanéité elle-même n’est pas passive… mais en général, c’est spontanément que j’ai envie de glander !!
Pour se voir, pourquoi pas !
mais ce sera dans la 2ème partie du mois alors : je commence à bosser mardi sur un moyen métrage, ça va être passionnant mais je risque bien de travailler jour et nuit… A partir du 16 je pense que c’est jouable.
Bonjour Laurent,
On retrouve le principe de Pareto quand les 20% de travail manquant nous demandent 80% du temps total… C’est en ce qui me concerne le véritable syndrome de la procrastination (lien direct avec le perfectionnisme), la sirène d’alarme comme quoi il y a danger de ne jamais finir (découragement).
Dans le milieu informatique c’est très courant, et des méthodes “modernes” de gestion de projets combattent ce retard perpétuel en réduisant considérablement le temps mis à disposition des développeurs pour coder une nouvelle version (deux semaines en général). Cela les oblige à prioritiser un max et à aller à l’essentiel (todo list très restreinte comme tu dis). Le superflu s’élimine de lui-même à chaque itération. “Faites-en moins, Faites-le plus souvent”.
Donc, au final, je me demande : procrastiner, n’est-ce pas l’art de se laisser déborder ?
Pour ce qui est des logiciels de gestion de tâche, ça fait longtemps que j’ai mis leur évaluation sur ma todo list, mais comme j’ai pas de logiciel de gestion de todo list, ben j’ai toujours procrastiné jusqu’à aujourd’hui
Bonjour Aurélien,
Ça fait longtemps que je n’avais pas eu de tes nouvelles ! J’espère que tu vas et que tu ne procrastines pas pour ta santé


Je vois bien le tableau : 20% d’attention pour 80% de résultat ! Et dire que c’est bien heureusement le cas sinon on serait tous à l’hosto
Bon, il faut que je m’en aille en Week-End pour faire comme tout le monde. Tu fais 20% comme eux et ils t’acceptent dans 80% des cas…
C’est dingue comme on peut conjuguer pareto à toutes les sauces. J’en conclue donc (selon ta définition de la procrastination) que se laisser déborder dans 20% des cas c’est avoir 80% de bordel
Laurent,
Tu n’aurais pas focalisé ton attention sur les 80% de mes mots qui ne véhiculent que 20% du sens par hasard ?
Sinon oui je vais bien. Tu m’as l’air d’être en forme toi aussi
Bon week-end.
non, j’ai focalisé sur les 20% qui contenait les 80% de sens et puis dans le reste je me suis noyé…
[...] Laurent, de Booster son influence, nous entraîne dans une réflexion sur ‘le Faire’ et ‘l’Etre’ pour [...]
Bonjour,
J’aime beaucoup le laisser aller …. constructif !
C’est libérer la créativité qui est en nous …
nous sommes tous avec des facilités créatives … qui nous permettent d’évoluer … d’avancer vers ce que nous devons apprendre ….
Il y a beaucoup de gens qui deviennent robos, qui deviennent sans âme , juste pour arriver à des fins matériels …
Il est vrai que ce qui manque dans nos sociétés, ce sont les valeurs qui nous aident à mieux vivre, qui nous permettent d’être des humains à part entière avec leurs différences,
La première des différences est la sensibilité !!!
belle journée